Quelle mesure de la richesse produite ?

La valeur la plus courante de la richesse produite est la valeur ajoutée nette d’une entreprise. Pour autant, cette mesure souffre de quelques défauts relativement à l’efficacité de la péréquation.

La valeur ajoutée est une donnée comptable qui exprime la valeur qui a été ajoutée dans le processus de production. C’est la différence entre le prix de la production et celui des produits consommés dans le processus de production. Pour évaluer le prix de la production sur une période donnée, la comptabilité additionne les factures de vente et déduit la variation de stock des produits disponibles à la vente. Pour évaluer le prix des produits consommés dans le processus de production, elle additionne les factures d’achat des seuls produits qui ne seront pas immobilisés 1 et déduit la variation de stock des produits destinés à la production.

Le premier problème relatif à cette donnée comptable est qu’elle nécessite de faire une clôture de compte, donc des inventaires de stocks et des dotations aux amortissements pour être connue. Or ceci ne peut être fait sur une base mensuelle. De plus, certaines très petites entreprises pratiquent une comptabilité de caisse et ne réalisent jamais ces opérations.

Par ailleurs, le but de cette péréquation est de fournir à toutes les unités de production une partie des liquidités nécessaires au paiement des travailleurs. En excluant les investissements de la mesure de cette valeur, on sanctionnent ceux-ci alors qu’ils réduisent de facto les liquidités. Ils devraient donc être déduits de la valeur produite tout comme les impôts de différentes natures. Dans la même veine, on devrait alors réintégrer dans la valeur produite les divers financements obtenus.

Voilà pourquoi nous utiliserons le concept de Revenu disponible qui pourra facilement être mesuré à la fin de chaque mois. Pour les entrées de trésorerie, on prend en compte les encaissements de factures, de subventions éventuelles et des financements de prêts (emprunts bancaires ou obligataires). Pour les sorties de trésorerie, on ne prend en compte que les paiements de factures, les intérêts, les remboursements d’emprunt et les impôts de différentes natures 2. La différence entre les deux exprime donc le revenu disponible que les travailleurs de l’entreprise ont généré 3. Ne seront donc pas pris en considération, les paiements de salaires (cotisations sociales incluses) et les versements de dividendes 4. Il en est de même des achats, revenus et ventes de titres financiers, qu’ils soient de portefeuille ou d’investissement industriel 5.

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Notes:

  1. Dans la comptabilité, une immobilisation consiste à ne pas prendre en charge immédiatement un bien que l’on a acheté parce que sa durée d’utilisation est supérieure à un an. Dans ce cas, on « immobilise », c’est-à-dire comptabilise ce bien à l’actif et on répartira la charge sur plusieurs exercices sous forme de dotations aux amortissements.
  2. Les encaissements de factures sont comptabilisés TTC (Toutes Taxes Comprises) de même que les paiements de factures fournisseurs. La prise en compte des impôts, dont la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), en tant que flux de trésorerie négatif, permet donc de rétablir la logique économique des entreprises qui est basée sur des prix Hors Taxes (HT).
  3. A l’exception toutefois des intérêts d’emprunts générés par l’endettement de l’entreprise. Comme nous le verrons par la suite, cette redistribution est aussi un mode de financement des actifs investis de l’entreprise. Nous devons donc réintégrer les financements dans l’assiette du Revenu disponible pour éviter une redondance.
  4. Les dividendes sont versés aux actionnaires et réduisent la part des profits maintenus en investissement dans l’entreprise. Ils auraient tout aussi bien pu être distribués en salaires sans que cela ne change quoi que ce soit au fonctionnement économique de l’entreprise.
  5. Dans le premier cas, ces acquisitions de titres sont généralement réalisées pour placer de la trésorerie de façon temporaire (SICAV monétaire par exemple) ou pour des prises de position plus spéculatives. Dans le second cas, ces prises de participation industrielles se font généralement sous forme de titres d’entreprises, entreprises qui, si elles sont sur le même territoire relèveront de cette même péréquation.